Lens : terre de mémoire

Et voilà, après Lille et Sète, nous avons récidivé, nous sommes repartis en week-end avec l’équipe En France Aussi, et c’est à Lens que nous nous sommes retrouvés cette fois. Je ne connaissais pas du tout le coin mais il y avait fort longtemps que je voulais aller visiter le Louvre Lens et en plus il y avait un apéro sur un terril au programme, franchement il n’en fallait pas plus pour me convaincre que ça valait le déplacement. J’aime les découvertes, ça s’annonçait donc très bien. Avant toute chose un énorme merci à Chacha pour l’organisation et à Flo de l’office de tourisme de Lens Liévin de nous avoir concocté un programme aux petits oignons et de nous avoir si chaleureusement accueillis. Un week-end comme on les aime placé sous le signe de la convivialité et de la bonne humeur.

La rue principale de Lens
La rue principale

Ce qui m’a marquée à Lens – en plus de la chaleur de l’accueil et de la douce odeur de la friture et du fort de Lens – c’est l’importance de la mémoire. La ville et ses alentours ont une histoire très forte et j’ai trouvé extrêmement touchant de s’y plonger. Je dirais que 3 grands moments se sont dégagés pour moi de ce week-end. Tout d’abord, la visite du Louvre. Même s’il ne s’agit pas d’histoire locale, fait-on lieu de mémoire plus classique qu’un musée ? Ensuite, l’histoire de la ville et la visite d’un terril. Lens est une ville minière et son histoire est intrinsèquement liée à celle du charbon. Enfin, les lieux de mémoire liés à la Première Guerre Mondiale qui a dévasté la région. Deux jours très fortement chargés en émotion donc dont je vous parle avec grand plaisir.

Le Louvre-Lens

Comme je vous le disais, il y avait fort longtemps que je voulais visiter le Louvre Lens, les musées étant une autre de mes grandes passions dans la vie. J’étais donc surexcitée à l’idée de le découvrir enfin.

  • Le Bâtiment et l’exposition permanente

Je ne suis pas férue d’architecture contemporaine et de bâtiments épurés (loin s’en faut…). Toutefois j’ai trouvé la démarche autour de la conception du bâtiment très intéressante. L’idée est d’une part de laisser entrer la lumière et d’autre part d’avoir un bâtiment qui se fond dans le paysage et de ce point de vue là, c’est plutôt très réussi. La lumière à l’intérieur est juste splendide. Il y a une réelle volonté de rendre le musée accessible : gratuité de l’exposition permanente, médiathèque avec accès libre à internet, aire de pique-nique dans le musée… Une partie des réserve est visible ainsi parfois que le travail des restaurateurs (que j’aurais beaucoup aimé pouvoir observer). Autant d’initiatives qui visent à rendre le musée accessible au plus grand nombre.

Une architecture épurée pour le Louvre-Lens
Une architecture épurée pour le Louvre-Lens

Concernant l’exposition permanente, il y a au Louvre Lens 250 œuvres qui viennent des collections du musée du Louvre. Ici, tout est exposé dans une seule grande salle dénuée de cloisons et il n’y a pas de parcours de visite à proprement parler. Les œuvres sont classées par époque et par provenance géographique. J’ai beaucoup aimé cette scénographie. La découverte de cette salle avec sa lumière toute douce et son grand volume a été un énorme coup de cœur. J’y reviendrai sans doute pour y passer plus de temps. Les œuvres changent en partie à chaque début d’année. Plusieurs fois par jour, on peut assister à un moment autour d’une œuvre pour apprendre à la décrypter. Les œuvres qui font l’objet de cette attention changent régulièrement et s’articulent autour d’un thème, souvent lié au thème de l’exposition temporaire en cours. Une bonne manière de s’initier gratuitement à l’art. 

  • L’exposition Amour

Il faut bien le dire, ce n’est pas franchement un thème qui m’enthousiasme, c’est assez rebattu et souvent prétexte à répéter les mêmes clichés. Il y a dans cette exposition un parti pris qui m’a très fortement dérangée. Elle s’articule autour de différents chapitres par ordre chronologique. En gros l’idée est celle d’une progression dans les mœurs (s’il y a une part de vérité, j’ai trouvé que sur certains points c’était une vision assez simpliste des choses). On commence directement par le femme séductrice et le viol avec des propos que j’ai trouvé extrêmement déplacés et rétrogrades, ce qui a largement gâché mon plaisir. Toutefois, force est d’admettre qu’il y a de très belles œuvres exposées dans cette exposition et que certaines valent très certainement le déplacement et dans l’ensemble, la scénographie est assez réussie. Dommage que le propos soit parfois (souvent à vrai dire) problématique. Magnifique esthétiquement parlant, le fond m’a mise profondément mal à l’aise (en colère serait plus juste…). Retour mitigé donc.

Amour. A découvrir jusqu’au 21 janvier 2019 au Louvre-Lens. Plein tarif 10€

 

L’histoire de la ville

La ville de Lens a une histoire riche, marquée par les mines et par la guerre notamment. S’il est bien sûr impossible d’en faire le tour en 2 jours, nous en avons toutefois eu un bref aperçu.

  • Lens mine d’Art Déco

Nous avons profité de notre passage à Lens pour faire une visite de la ville atour de la mine d’une part et des constructions Art Déco d’autre part. Elle part du musée, construit sur un ancien site minier. On nous explique donc à quoi ressemblaient les lieux avant la fermeture de la mine. Visite ensuite dans le quartier du musée avec les maisons de mineurs et un récit autour de la vie de la mine autant que de celle du quartier. Direction ensuite le centre-ville. Lens a été entièrement détruite pendant la Première Guerre Mondiale, il ne restait plus que 9 maisons debout à la fin de la guerre ! Il a donc tout fallu reconstruire, et on sent les influence de l’époque, l’Art Déco étant à la mode à ce moment-là. La ville, proche de la ligne de front, a été bombardée, quant à la mine elle a été détruite par l’occupant pour éviter tout passage de la résistance par ses souterrains notamment. J’ai aimé regarder de plus près tous ces monuments que je n’aurais sans doute pas remarqué autrement et j’avoue avoir trouvé que la ville ne manquait pas de charme ! Gros coup de cœur pour la gare qui représente un train avec sa locomotive. Cette visite est passionnante et nous plonge dans le passé de cette ville profondément marquée par la guerre mais aussi par son passé minier.

Lens, mine d’Art Déco, du mercredi au samedi à 14h30, départ du Louvre-Lens, plein tarif 6€, billet couplé avec l’exposition temporaire 15€

  • Les terrils

Le passé minier donc. Impossible d’y échapper ici, il est extrêmement présent et fait partie de l’identité de la ville mais aussi des alentours. Je dois avouer que je ne suis pas très familière de cet univers mais après nous être découvert une véritable passion pour les mines d’or en Nouvelle-Zélande, nous étions heureux d’en apprendre un peu plus sur les mines de charbon. Pour cela, après la visite de la ville, direction les terrils. Ce sont des collines formées par l’accumulation des résidus miniers. On s’y est rendus à la tombée de la nuit pour un apéro/fromage au sommet ! L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les paysages de la région et la manière dont ils ont été façonnés. Cette petite balade m’a donné très envie de revenir dans la région pour visiter d’anciennes galeries et mieux me rendre compte de ce que pouvait être l’activité minière. On sent que la mine a laissé une empreinte très forte ici, c’est palpable et très touchant.

Le petit bonus ? Avec l’activité minière, il y a eu une forte immigration et c’est ainsi qu’on trouve à Lens des spécialités italiennes ou polonaises en plus des spécialités du Nord (oui, il fallait bien que je parle bouffe à un moment quand même !). Une autre manière d’appréhender l’histoire très riche de la région. Pour déguster ces spécialités parfois surprenante, il existe une planche à déguster avec des petites portions de produits locaux à aller découvrir chez les commerçants de la ville. Plus d’infos ici.

L’empreinte de la Guerre

Je dois avouer être assez peu calée en histoire, bien que dans l’idée ça m’intéresse beaucoup. Je ne visite que très rarement des lieux de mémoire, essentiellement parce bien souvent j’ai l’impression de ne pas avoir les clefs pour bien les apprécier. Comme je vous le disais, la Première Guerre Mondiale a laissé beaucoup de traces dans la région, nous sommes allés les découvrir. Une première pour moi.

Les petits soldats de laine de Wool War One
Les petits soldats de laine de Wool War One
  • Vimy

Vimy a une petite particularité amusante : le monument se trouve en territoire canadien. Le 9 avril 1917, les soldats canadiens se sont battus pour reprendre Vimy, une position stratégique importante, aux mains des Allemands. Minutieusement préparés, ils en sortirent victorieux. C’était la première fois que les combattants étaient rassemblés sous la même bannière. Si cette victoire n’est pas considérée comme majeure sur le plan militaire, elle symbolise la naissance du Canada comme état indépendant.

Mémorial canadien de Vimy
Mémorial canadien de Vimy

Sur le socle du mémorial est gravée cette phrase : « A la vaillance de ses fils pendant la Grande Guerre, et en mémoire de ses soixante mille morts, le peuple canadien a élevé ce monument » ainsi que les 11285 noms des portés disparus. Le monument se compose de 2 grands piliers représentant la France et le Canada mais aussi les portes de l’éternité, ils sont posés sur un grand socle et s’accompagnent de 30 figures représentant des idéaux dont la Paix, la Justice ou encore l’esprit de sacrifice. La statut principale représente le Canada pleurant ses disparus. Sur la plaine en contrebas, de nombreux trous d’obus demeurent comme dernier vestiges de la violence des combats.

  • Notre-Dame-de-Lorette

Nous finissons cette découverte de Lens et ses alentours par Notre-Dame de Lorette. Le site se compose d’un musée, d’un cimetière et d’un lieu de mémoire. Je ne pensais pas vraiment accrocher plus que ça avec le musée même si ça m’intéressait d’en apprendre plus. Mais finalement je l’ai trouvé très bien fait et je me suis laisser happer par le récit des soldats richement illustré par des photographies prises dans les tranchées. Quand nous y étions, il y avait également l’exposition Wool War One, qui célèbre le centenaire de la Grande Guerre avec de petits soldats en laine. J’ai trouvé ce musée très bien fait et intéressant. J’ai passé beaucoup de temps à lire les textes et à m’imprégner de ces images si fortes. C’est sans doute le lieu qui m’a le plus profondément émue.

 

Mais Notre-Dame-de-Lorette c’est aussi le plus grand cimetière militaire français avec près de 45000 corps dont environ la moitié reposent dans des tombes individuelles. En novembre 2014, pour le centenaire de la guerre, a été inauguré l’anneau de la mémoire.  Y sont gravés les noms de 600 000 soldats de toutes les nationalités morts en Flandre française et en Artois entre 1914 et 1918. C’est ici que nous achevons ce week-end si riche en mémoire.

Je ne m’attendais à rien de particulier en venant à Lens. J’avais hâte de découvrir le Louvre, j’étais curieuse d’en apprendre plus sur le passé minier de la région mais je ne m’attendais pas à un gros coup de cœur. Finalement ce séjour s’est avéré très enrichissant. Bien sûr il y a eu de bons moments partagés, des copines, et beaucoup de frites. Il y a eu une belle expo et une visite de la ville et de ses richesses. Mais ce qui m’a marqué à Lens, autant que la convivialité et l’esprit de partage, c’est la richesse de son histoire, la volonté de préserver son patrimoine et la grande place accordée à la mémoire. Je ne m’attendais pas à être aussi émue en découvrant ces lieux et finalement, à peine repartie, j’avais déjà envie d’y retourner pour prolonger la découverte.


20 réflexions sur “Lens : terre de mémoire

    1. Merci beaucoup. C’a vraiment été un gros coup de cœur, on y retournera avec plaisir et je serai super heureuse si j’arrive à donner envie aux gens d’en faire autant 🙂

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    1. C’est sûr que les conditions étaient idéales : des copines et un week-end organisé rien que pour nous ! difficile de ne pas apprécier dans ces conditions 😉

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  1. Merci de tant aimer ma région
    Si tu veux en apprendre plus sur les mines, le Centre Historique Minier De Lewaerde sera parfaitement répondre à ta demande.
    Et du coup tu seras oblige de revenir une troisième fois >3

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  2. Tout est dit ! Tu donnes tellement envie de venir nous voir, c’est génial ! Je vois que l’exposition sur l’amour nous a toutes laissée perplexes, l’entrée en matière était un peu brutale.

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    1. Oui, je n’ai pas trop compris le parti pris disons… pour le moins dépassé. Dommage, il y avait de belles œuvres. Heureusement, le reste du week-end était beaucoup plus positif, on a vraiment adoré 🙂

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  3. Je partage ton avis sur l’exposition Amour, tant le thème que la façon dont le sujet était amené ne m’ont finalement pas emballé. Mais du coup j’ai fait le choix de m’éclipser avant la fin, me contenant de belles oeuvres sans le contexte.

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  4. Ah, que de bons souvenirs. Je crois qu’on est tous revenus émus de ce week-end… Mais dis-moi, aucune photo de tong dans cet article ??? C’était très cool de se revoir en tout cas et de rencontrer Benjamin. A bientôt !

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    1. Ahah, non pas de tongs, j’ai tellement l’habitude que je n’y fais plus attention 🙂 C’était un super week-end et c’était très chouette de vous voir. A bientôt !

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